mercredi 16 juillet 2008

Nous appelerons émotion une chute brusque de la conscience dans le magique.*

A n'importe quelle heure du jour et de la nuit, il y a des vendeurs dans le métro mexicain. Il y a les gars qui vendent des compilations, les gars qui vendent des cacahuètes, les gars qui vendent des livres pour enfants et ceux qui vendent du PQ. Il y a aussi ceux qui négocient leurs talents. Les aveugles qui fredonnent, les joueurs de guitare, les clowns ou ceux qui font des roulades dos nu sur des bouts de verre cassés. Et puis aujourd'hui, il y a eu le plus beau moment de grâce de l'histoire des vendeurs de métro.

Un vieux, magnifiquement mexicain avec son chapeau de cow-boy, sa chemise à carreaux et sa barbe blanche, s'est mis à chanter. La chanson parlait d'une mère se sacrifiant corps et âme pour éduquer ses enfants, d'un clochard réclamant un peu de monnaie pour survivre. L'air était répétitif, plein de calme et de réconfort. La chanson a duré longtemps, et pendant ces trois ou quatre arrêts le vieux avait toute la tristesse du monde dans ses yeux ; des yeux fixes, qui ne regardaient personne.

Les personnes quand à elle sont des connes. Celui devant moi se retournait de temps à autres vers le vieux avec le dédain le plus affreux qui puisse exister, l'air de dire un truc comme "laisse moi lire mon journal tranquille emmerdeur". D'autres restaient juste complètement indifférents. Moi, je luttais pour ne pas chialer. Parce que ce vieillard était magnifique. Parce qu'il croyait à ce qu'il disait. Parce qu'il pendant ces quelques instants, il paraissait sur une autre planète, et en même temps misérablement ancré dans sa réalité. Parce qu'il amenait un souffle de poésie et de sublime dans ce wagon. Parce qu'au final ce type mendiait, et que c'est triste. Et aussi parce que je suis en ce moment dans une disposition mentale qui fait que j'ai envie de pleurer au moindre truc, pardon. Au final je lui ai donné cinq pesos, mais surtout je lui donne toute ma reconnaissance.

* citation de mon cool ami Sartre, encore.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Le rire se termine vite. L'émotion, on l'emmène avec soi. C'est un peu pareil qu'entre faire l'amour et être amoureux.
[Gérard Jugnot]