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| Susciter des vocations. |
En général, quand tu dis que tu vas chez le dentiste, les gens te répondent «bon courage». Ensuite, ils évoquent, sans rentrer dans les détails, leur expérience désagréable avec le médecin de la bouche. Ils finissent par conclure que c'est l'un des trucs qu'ils détestent le plus au monde. Ne me considérant pas comme particulièrement douillette, tout cela me laissait perplexe.
Oui, mais ça, c'était
avant. C'était parce que j'avais oublié.
J'y suis donc allée
après 5 ans d'abstinence dentistale (ouais c'est ça, prenez votre air effrayé devant votre ordi). Et je vais
raconter toutes ces choses que les gens n'évoquent pas. Après avoir
lu ce texte, vous aurez simplement envie de laisser pourrir cette pré-molaire qui commence à vous faire mal, plutôt que
d'aller votre ami le dentiste, qui rappelons-le, existe tout de même
pour maintenir la qualité de votre hygiène bucco-dentaire (et aussi
se faire un sacré paquet de fric).
PARENTHÈSE CONTEXTUALISANTE
Il faut savoir que le
Brésil est un pays dans lequel tes partenaires de travail de 35 ans
ont des bagues, où les affiches de publicités (pas pour les
dentistes) montrent des sourires appareillés, où l'on trouve même
des gens avec des sur-bagues en forme de JEUX DE CARTES. Autre version : assortir son vernis à ses élastiques de dents. Classe. Je ne sais pas si cette prolifération d'appareils dentaires à tout
âge est en lien avec le fait que le truc est cher, et qu'en en
exhibant un tu montres dans le même coup que tu as du fric - chose
que les gens aiment plutôt faire. Ou alors au fait que les
brésiliens sont complètement décomplexés par rapport à tout ce
qui a trait au physique, et que foncièrement c'est plutôt bien (et des fois pas).
Je m'allonge donc sur
la chaise de dentiste verte claire de Monsieur Geraldo, en me
demandant pourquoi les mobiliers médicaux sont toujours verts
clairs. Et là, il me tend un miroir en forme de dent :
Les dentistes français ne te montrent pas l'intérieur de ta bouche, je suis décontenancée. J'ouvre, il m'indique des dents censées être cariées, il me demande si je les vois, je peux pas
lui répondre vu que j'ai la bouche ouverte alors je fais « heimmm »
ce qui doit sûrement vouloir dire « oui » alors
qu'en réalité je ne vois rien parce que je suis pas dentiste tavu.
Les dentistes ont l'art de te poser des questions au moins où il y a
quatre mains, soit vingt doigts enfilés dans ta cavité buccale. Oui je
compte ceux de l'assistante.
Viens ensuite le moment
gênant de l'anesthésie. Gênant parce qu'on s'apprête à me
faire tout de même une piqûre à l'intérieur de la bouche, ce qui
dans l'idée n'est pas très plaisant (en fait, on sent rien).
Gênant parce que pendant les quatre heures suivantes j'aurai
l'impression d'être Elefant man d'un côté du visage,
d'avoir un parpaing à la place de la joue et que je me baverai
passablement dessus. Et enfin, gênant parce qu'il faut attendre que
ça fasse effet. Donc pendant ce temps, tandis que Geraldão
alterne bâillement et soupirs parce qu'il est 19h, que je suis sa
dernière patiente et qu'il a envie de terminer sa journée (je crois
qu'il n'y a pas pire qu'un dentiste exprimant des signes de fatigue
juste avant de te mettre une fraiseuse dans la bouche), l'assistante lui
raconte comment son fils Alberto va rentrer dans l'armée.
Ces moments là sont
longs.
Au moment du creusage de
dent, tout le monde craint de sentir une douleur insupportable, que l'instrument touche un nerf mal endormi, les gens ont peur de
douiller. Rassurez-vous, cela n'arrive pas (rapport à votre joue-parpaing). En
revanche, et personne n'en parle, il se passe à ce moment-là des
phénomènes fâcheux :
- des éclaboussures
de salive, de bout de dent et de carie te sautent au visage,
- lorsque la mixture ne te saute pas au visage, c'est parce que tu es en train de l'AVALER car l'assistante oublie de t'aspirer la glotte,
- ça sent le brûlé. Le dentiste essaye de faire un feu dans ta bouche.
- lorsque la mixture ne te saute pas au visage, c'est parce que tu es en train de l'AVALER car l'assistante oublie de t'aspirer la glotte,
- ça sent le brûlé. Le dentiste essaye de faire un feu dans ta bouche.
Le colmatage est marrant parce que l'assistante ne trouve plus le produit censé boucher le trou béant qui me sert désormais de molaire : lol. Elle cherche partout dans les tiroirs, Geraldo soupire encore plus fort, et je commence à me dire que je vais devoir rentrer chez moi comme ça, non, ils vont me faire une autre anesthésie, je vais devoir réécouter les histoires de fils qui part faire l'armée. (Tout ça n'arrivera pas puisqu'elle finit par trouver).
Geraldo resculpte enfin ma dent, et je pense qu'un dentiste c'est aussi un peu un artiste, un Rodin de la mâchoire, un Michel-Ange de la molaire - oui je pourrais en faire plein des comme ça, mais je trouve pas ça très drôle finalement, d'ailleurs vous n'êtes pas obligés d'aimer. Il répète ensuite une quinzaine de fois ouvre, ferme, ouvre, ferme et c'est la fin, tudo bem, merci, au-revoir, ça fera 450 reais.
Geraldo resculpte enfin ma dent, et je pense qu'un dentiste c'est aussi un peu un artiste, un Rodin de la mâchoire, un Michel-Ange de la molaire - oui je pourrais en faire plein des comme ça, mais je trouve pas ça très drôle finalement, d'ailleurs vous n'êtes pas obligés d'aimer. Il répète ensuite une quinzaine de fois ouvre, ferme, ouvre, ferme et c'est la fin, tudo bem, merci, au-revoir, ça fera 450 reais.
Ah
non, il faut faire la deuxième. BON DENTISTE


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