jeudi 7 février 2013

Un texte sur Aller chez le dentiste.


Susciter des vocations.

En général, quand tu dis que tu vas chez le dentiste, les gens te répondent «bon courage». Ensuite, ils évoquent, sans rentrer dans les détails, leur expérience désagréable avec le médecin de la bouche. Ils finissent par conclure que c'est l'un des trucs qu'ils détestent le plus au monde. Ne me considérant pas comme particulièrement douillette, tout cela me laissait perplexe.
Oui, mais ça, c'était avant. C'était parce que j'avais oublié.
J'y suis donc allée après 5 ans d'abstinence dentistale (ouais c'est ça, prenez votre air effrayé devant votre ordi). Et je vais raconter toutes ces choses que les gens n'évoquent pas. Après avoir lu ce texte, vous aurez simplement envie de laisser pourrir cette  pré-molaire qui commence à vous faire mal, plutôt que d'aller votre ami le dentiste, qui rappelons-le, existe tout de même pour maintenir la qualité de votre hygiène bucco-dentaire (et aussi se faire un sacré paquet de fric).

PARENTHÈSE CONTEXTUALISANTE
Il faut savoir que le Brésil est un pays dans lequel tes partenaires de travail de 35 ans ont des bagues, où les affiches de publicités (pas pour les dentistes) montrent des sourires appareillés, où l'on trouve même des gens avec des sur-bagues en forme de JEUX DE CARTES. Autre version : assortir son vernis à ses élastiques de dents. Classe. Je ne sais pas si cette prolifération d'appareils dentaires à tout âge est en lien avec le fait que le truc est cher, et qu'en en exhibant un tu montres dans le même coup que tu as du fric - chose que les gens aiment plutôt faire. Ou alors au fait que les brésiliens sont complètement décomplexés par rapport à tout ce qui a trait au physique, et que foncièrement c'est plutôt bien (et des fois pas).


Je m'allonge donc sur la chaise de dentiste verte claire de Monsieur Geraldo, en me demandant pourquoi les mobiliers médicaux sont toujours verts clairs. Et là, il me tend un miroir en forme de dent :
Les dentistes français ne te montrent pas l'intérieur de ta bouche, je suis décontenancée. J'ouvre, il m'indique des dents censées être cariées, il me demande si je les vois, je peux pas lui répondre vu que j'ai la bouche ouverte alors je fais « heimmm » ce qui doit sûrement vouloir dire « oui » alors qu'en réalité je ne vois rien parce que je suis pas dentiste tavu. Les dentistes ont l'art de te poser des questions au moins où il y a quatre mains, soit vingt doigts enfilés dans ta cavité buccale. Oui je compte ceux de l'assistante.

Viens ensuite le moment gênant de l'anesthésie. Gênant parce qu'on s'apprête à me faire tout de même une piqûre à l'intérieur de la bouche, ce qui dans l'idée n'est pas très plaisant (en fait, on sent rien). Gênant parce que pendant les quatre heures suivantes j'aurai l'impression d'être Elefant man d'un côté du visage, d'avoir un parpaing à la place de la joue et que je me baverai passablement dessus. Et enfin, gênant parce qu'il faut attendre que ça fasse effet. Donc pendant ce temps, tandis que Geraldão alterne bâillement et soupirs parce qu'il est 19h, que je suis sa dernière patiente et qu'il a envie de terminer sa journée (je crois qu'il n'y a pas pire qu'un dentiste exprimant des signes de fatigue juste avant de te mettre une fraiseuse dans la bouche), l'assistante lui raconte comment son fils Alberto va rentrer dans l'armée.
Ces moments là sont longs.

Au moment du creusage de dent, tout le monde craint de sentir une douleur insupportable, que l'instrument touche un nerf mal endormi, les gens ont peur de douiller. Rassurez-vous, cela n'arrive pas (rapport à votre joue-parpaing). En revanche, et personne n'en parle, il se passe à ce moment-là des phénomènes fâcheux :
- des éclaboussures de salive, de bout de dent et de carie te sautent au visage,
- lorsque la mixture ne te saute pas au visage, c'est parce que tu es en train de l'AVALER car l'assistante oublie de t'aspirer la glotte,

- ça sent le brûlé. Le dentiste essaye de faire un feu dans ta bouche.

Le colmatage est marrant parce que l'assistante ne trouve plus le produit censé boucher le trou béant qui me sert désormais de molaire : lol. Elle cherche partout dans les tiroirs, Geraldo soupire encore plus fort, et je commence à me dire que je vais devoir rentrer chez moi comme ça, non, ils vont me faire une autre anesthésie, je vais devoir réécouter les histoires de fils qui part faire l'armée. (Tout ça n'arrivera pas puisqu'elle finit par trouver).

Geraldo resculpte enfin ma dent, et je pense qu'un dentiste c'est aussi un peu un artiste, un Rodin de la mâchoire, un Michel-Ange de la molaire - oui je pourrais en faire plein des comme ça, mais je trouve pas ça très drôle finalement, d'ailleurs vous n'êtes pas obligés d'aimer. Il répète ensuite une quinzaine de fois ouvre, ferme, ouvre, ferme et c'est la fin, tudo bem, merci, au-revoir, ça fera 450 reais.


Ah non, il faut faire la deuxième. BON DENTISTE

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