samedi 25 septembre 2010

Et voici un texte que j'avais écrit pour ce site, qui publie des carnets de voyage et qui donne des sous pour les plus visités. Si vous suivez un peu, vous connaissez mon attraction actuelle pour la thune, mon attraction ancienne pour le voyage et mon attraction de toujours pour l'écriture : parfaite page internet, pensais-je donc. Bah en fait non, parce que le site en question a l'air complètement mort depuis Avril dernier.

Je publie quand même ici, même si je ne gagnerai jamais rien que le plaisir de mettre en mot des choses, et bien sûr celui d'être lue (tout don est bien sûr acceptable, hein
). N.B. : Les trucs en rouge sont des précisions rajoutées a posteriori (ce blog, contrairement à un site de "carnets de voyage" n'est pas obligé de respecter un ton journalistique pouvant être quelque peu casse-couille, vous en conviendrez).

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Après 6 mois passés à Rio de Janeiro pour ma part, et le même laps de temps du côté de Buenos Aires pour ma compagne de route Claire, nous manquions clairement d'exotisme dans notre vie... c'est sûr. Une petite virée dans les contrées du nord-est brésilien parait être la solution. Dix jours pour relier Fortaleza du Ceará à São Luis du Maranhão ; ça a l'air petit sur la carte mais ne vous y trompez pas, il y a bien 900 kilomètres faits de routes approximatives entre les deux villes. De l'exotisme nous voulions, de l'exotisme nous aurons.

Rio de Janeiro – Fortaleza

Le pittoresque n'attend pas, il se fait sentir dès notre trajet aérien de Rio de Janeiro jusqu'à Fortaleza. L'avion se remplit peu à peu de supporters en noir et blanc, des Cearenses (du club de l'État de Fortaleza, le Ceará) bruyants et étrangement heureux malgré leur défaite au championnat national. Leurs rires s'arrêtent pourtant bien vite au moment du décollage, et les signes de croix se font par dizaine. Une foule d'individus terriblement religieux qui ont parcouru 3000 km pour un simple match de foot : pas de doutes, nous sommes bien au Brésil. Le vol se passe bien sûr sans encombres et nous avons droit aux presque classiques applaudissements à l'atterrissage. Et voici...

...Fortaleza.

Pour découvrir cette ville, Claire et moi avons choisi d'utiliser Couch Surfing : nous allons donc dormir chez Marcio (J'avais changé son nom parce qu'il m'avait dit qu'il ne voulait pas avoir 20 demandes de Couch Surfing par jour. Mais vu que je doute que 20 personnes visitent ce blog chaque jour, je peux désormais vous avouer qu'en vrai, notre hôte parfait s'appelle Renê. Et Renê, c'est autrement plus drôle que Marcio.), que je ne connais que par écrans interposés. Il s'avèrera le plus gentil et respectueux des hôtes, malgré ses horaires de jeune cadre dynamique : petits plans dessinés de ses petites mains, prêt de téléphone, taxi à ses heures perdues, il ira même jusqu'à nous payer des caïpirinhas dans l'un des bars les plus somptueux de la ville. Pour rajouter à la coolitude de la chose, le père de Renê est un espèce de hippie à cheveux bouclés qui dit qu'il veut répandre l'amour et qui fait des poteries en forme de mains. L'accueil brésilien est à la hauteur de mes espérances.

Fortaleza est en elle-même une jolie ville, mais elle reste surtout la porte d'entrée des clichés de paradis qui ne sont encore que de vagues images dans nos têtes. Pourtant, nous y rencontrons le problème universel du touriste, soit de se repérer dans le nouveau lieu qu'il visite ; problème encore plus difficile quand le touriste en question à un sens de l'orientation équivalent à celui d'un faucon aveugle ; et toujours plus compliqué quand le nouveau lieu sus-cité est une ville brésilienne où une favela peut apparaitre à chaque coin de rue. Claire, moi et Fortaleza réunissons pourtant ces deux derniers critères. Et quand nous avons tourné un peu au pif après la petite rue résidentielle parce qu'après tout "on finira bien par la trouver cette foutue avenue", et lorsque nous nous sommes trouvées face à face avec les briques saillantes du bidonville, nous avons juré de demander plus souvent notre chemin aux aimables brésiliens. C'est d'ailleurs ce que nous avons fait pour rentrer chez Marcio : notre guide du jour, Eduardo, ne nous a pas seulement indiqué la route à suivre mais aussi accompagné quasiment jusqu'aux portes de la maison de notre hôte. Ce n'est pourtant pas faute de lui notifier que nous connaissions le chemin ; "Je viens de me faire virer, alors j'ai beaucoup de temps libre", nous a-t-il répliqué tout en en profitant, un peu plus tard, pour nous donner la carte du restaurant où il travaille (encore) en insistant bien sur notre venue. Au Brésil, je me demande parfois où se trouve la limite entre la gentillesse innocente et l'intérêt personnel. N.B. : Au cas où ce soit moyen clair dans le "style carnet de voyage" : Eduardo était un gros relou.

Fortaleza – Jericoacoara

Le périple des 900 kilomètres en dix jours commence dès maintenant. Je ne me plains pas d'avoir énormément de route à parcourir. En réalité, j'aime presque ça : mon incapacité à dormir dans quelconque transport est une bonne raison de regarder par les fenêtres et d'en prendre plein la vue. Ce que l'on voit entre deux lieux touristiques est parfois autrement plus intéressant que les spots eux-mêmes. Le bus d'aujourd'hui me montre donc une platitude extrême, du sable blanc qui se mélangent aux marécages, quelques vaches et quelques maisons rudimentaires qui trainent... et un village paumé tous les 20 kilomètres, que les élections générales du 3 Octobre prochain n'abandonnent pas. Au Brésil, c'est à coup de hauts-parleurs diffusant à un volume outrageux de la musique électorale (comprenez : un bon vieux samba des familles) et d'affiches qui envahissent l'espace privé (les candidats payent pour que les habitants accrochent leurs publicités sur les murs de leurs maisons ; cela explique l'omniprésence des portraits plus ou moins réussis des aspirants politiques au sein des favelas...) que se joue une campagne politique.
Après trois heures de bus "classique", nous montons dans un "bus tout-terrain" , un énorme 4*4 qui se charge de nous emmener à Jericoacoara même. Le goudron des routes laisse place à la terre, puis au simple sable de la plage. Les touristes les plus difficiles (tiens donc, des français) râlent de leurs maux de dos malmenés par les dunes, les plus accommodants se contentent de sourire béatement devant le paysage.

Jericoacoara

Jericoacoara - sous la prononciation barbare que la plupart des touristes en font, se cache le paradis (bien plus peuplé que l'image que l'on s'en fait, certes) sur Terre. Après le conseil "avisé" de notre amie la touriste difficile ("surtout il faut négocier, ils vous arnaquent en permanence, sachez-le - et si vous avez le moindre problème je suis là") (bien sûr, nous penserons à toi), nous trouvons une charmante auberge que nous paieront sûrement deux fois moins cher que la dame sus-citée... et entrons dans un monde de mythes vivants. Des chevaux galopants sur la plage devant un coucher de soleil splendide ; quelques capoeiristes souples et musclés, admirés par un groupe de midinettes blondes ; du sable blanc ; et bien sûr, de la caïpirinha. De Jericoacoara, les excursions proposées sont ce qui vaut le plus le détour. Elles permettent tout simplement de se baigner dans des lacs transparents à 30°. Et personnellement, je n'en demande pas plus.

Jericoacoara – Barreirinhas

« Aqui é Brasil, são problemas ». Ici c'est le Brésil, ce sont des problèmes : la phrase prononcée par un de nos compagnons de trajet résume bien le début de notre voyage en direction de Barreirinhas, la porte d'entrée du fameux parc national « Lençóis Maranhense ». Il aurait aussi pu dire « Quand y en a plus, y en a encore ». De la place. Ah, voilà le plan galère tant espéré! Trois heures entassées dans un minivan bondé auraient pu nous décourager, mais comme depuis le début et ce malgré le manque de préparation de notre voyage, la suite s'enchaine de la plus merveilleuse façon qui soit. On dirait, tout simplement, que les bus sont là tels des taxis, à nous attendre. Nous prenons pourtant des transports on ne peut plus locaux et populaires, et les regards des enfants sur nos peaux blanches sont parfois insistants. Dans tous les cas, nous bravons le Guide du Routard et le Lonely Planet, qui disent impossible le trajet Jericoacoara – Barreirinhas en une seule journée : certes, nous sommes partis à 7h du matin et arrivés à 20h, mais c'est faisable! Barreirinhas est une ville étendue aux alentours faits d'océan, d'énormes bras de fleuves, de mangrove, et de végétation époustouflante avec des petits singes dedans. Un concentré de Brésil, peut-être.

Lençóis Marahenses

Je ne savais pas qu'il y avait des déserts au Brésil. C'était la première fois que j'en voyais... et que j'en parcourais un. L'épopée fut rude sous les 40°, le sable brûlant sous mes pieds. Mais je ne regrette pas d'avoir souffert : la récompense d'une baignade au milieu des dunes n'a pas de prix. Ah, oui... parce qu'en plus du sable blanc se dépliant comme des draps (lençóis, en portugais) se trouve au sein du parc des retenues d'eau de pluie, formant des lacs naturels. Des milliers de petits poissons (amenés sous forme d'œufs par les pattes des oiseaux, m'explique le guide), viennent me lécher les pieds. Je mettrai ma phobie des choses de la mer de côté, pour cette fois. Oui parce qu'un jour j'ai rêvé qu'un mini poisson me rentrait dans le genou, j'aime pas trop les poissons, tu vois.

São Luis

Arrivées à São Luis, nous retrouvons un couple d'amis français également en voyage depuis la Guyane. Gérald, l'homme du groupe, est métisse et ressemble donc quelque peu à un brésilien. « Tu t'es trouvé trois gringas, comment t'as fait ? »... c'est ce qu'un passant lui demande alors que nous prenons nos caïpinrinhas sur la place de la vieille ville. Pas de bol, il n'y a que moi qui parle portugais ! Le soir, nous croisons dans notre hôtel, très rudimentaire et très peu cher, un homme habillé en parure d'indien. Peintures sur le corps, plumes sur la tête, tout y est. Nous apprendrons plus tard qu'il ne s'agit pas d'un déguisement. Diversité culturelle du Brésil, disaient-ils. C'était surréaliste un peu.

Nous ne découvrons réellement São Luis que le lendemain, un dimanche, c'est à dire un excellent jour pour visiter des rues fantômes dénuées de voitures, de passants, mais pas de l'excellent reggae qui caractérise le style musical de l'État du Maranhão. Les basses à fond au détour de la rue donnent ne ambiance relax à cette ville coloniale. La partie moderne de la capitale du Maranhão n'est qu'un enchainement de buildings et de centres commerciaux sans grand intérêt. C'est sur cette note un peu moins folklorique que nous terminerons notre voyage, mais qu'importe : nous sommes repues de dépaysement au moins pour les 6 mois à venir! Là, je veux dire que notre voyage a déchiré.

1 commentaire:

Popix a dit…

Superbe résumé de notre super voyage! Et puis grâce à de nouvelles traductions il y a des choses que je comprends maintenant ! ahahah